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Full text of "Pensée des morts"

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A. DE LAMARTINE 



PENSEE DES MORTS 



EN LA FETE DES MORTS 

SOUVENEZ-VOUS 

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R. P. AMÉDÉE-AUGUSTIN JOUIN 

DES FRÈRES PRECHEURS 

ANCIEN PRIEUR DE FLAVIGNY, DE PARIS 

ET DE CORBARA 

ANCIEN AUMONIER MILITAIRE 

A l'armée DU NORD 

CHEVALIER DE LA LEGION D'HONNEUR 

NÉ A ANGERS LE 28 OCTOBRE 1835 

ENDORMI DANS LE SEIGNEUR 
A CANNES, LE 1 O AVRIL 1889 



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Stshol. 
June 14 1399 




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PENSÉE DES MORTS 



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Voilà les feuilles sans sève 
Qui tombent sur le gazon ; 
Voilà le vent qui s'élève 
Et gérait dans le vallon ; 
Voilà l'errante hirondelle 
Qui rase du bout de l'aile 
L'eau dormante des marais ; 
Voilà l'enfant des chaumières 
Qui glane sur les bruyères 
Le bois tombé des forêts. 

L'onde n'a plus le murmure 
Dont elle enchantait les bois ; 
Sous des rameaux sans verdure 
Les oiseaux n'ont plus de voix ; 
Le soir est près de l'aurore ; 
L'astre à peine vient d'éclore , 
Qu'il va terminer son tour; 
Il jette par intervalle 
Une lueur, clarté pâle 
Qu'on appelle encore un jour. 




— 4 — 

L'aube n'a plus de zéphyre 
Sous ses nuages dorés ; 
La pourpre du soir expire 
Sous les flots décolorés ; 
La mer solitaire et vide 
N'est plus qu'un désert aride 
Où l'œil cherche en vain l'esquif; 
Et sur la grève plus sourde 
La vague orageuse et lourde 
N'a qu'un murmure plaintif. 

La brebis sur les collines 

Ne trouve plus le gazon ; 

Son agneau laisse aux épines 

Les débris de sa toison ; 

La flûte aux accords champêtres 

Ne réjouit plus les hêtres 

Des airs de joie ou d'amours ; 

Toute herbe aux champs est glanée : 

Ainsi finit une année , 

Ainsi finissent nos jours ! 

C'est la saison où tout tombe 
Aux coups redoublés des vents ; 



- 5 — 

Un vent qui vient de la tombe 
Moissonne aussi les vivants : 
Ils tombent alors par mille, 
Gomme la plume inutile 
Que l'aigle abandonne aux airs , 
Lorsque des plumes nouvelles 
Viennent réchauffer ses ailes 
A l'approche des hivers. 

C'est alors que ma paupière 

Vous vit pâlir et mourir, 

Tendres fruits qu'à la lumière 

Dieu n'a pas laissé mûrir! 

Quoique jeune sur la terre , 

Je suis déjà solitaire 

Parmi ceux de ma saison ; 

Et quand je dis en moi-même : 

« Où sont ceux que ton cœur aime ? » 

Je regarde le gazon. 

Leur tombe est sur la colline, 
Mon pied le sait : la voilà ! 
Mais leur essence divine , 
Mais eux, Seigneur, sont-ils là ? 



— 6 — 

Jusqu'à l'indien rivage 
Le ramier porte un message 
Qu'il rapporte à nos climats ; 
La voile passe et repasse : 
Mais de son étroit espace 
Leur âme ne revient pas. 

Ah ! quand les vents de l'automne 

Sifflent dans les rameaux morts , 

Quand le brin d'herbe frissonne, 

Quand le pin rend ses accords , 

Quand la cloche des ténèbres 

Balance ses glas funèbres, 

La nuit, à travers les bois, 

A chaque vent qui s'élève, 

A chaque flot sur la grève, 

Je dis : « N'es-tu pas leur voix? » 

Du moins , si leur voix si pure 

Est trop vague pour nos sens, 

Leur âme en secret murmure 

De plus intimes accents ; 

Au fond des cœurs qui sommeillent, 

Leurs souvenirs qui s'éveillent 



Se pressent de tous cotés , 
Comme d'arides feuillages 
Que rapportent les orages 
Au tronc qui les a portés. 

C'est une mère ravie 
A ses enfants dispersés , 
Qui leur tend , de l'autre vie , 
Ces bras qui les ont bercés ; 
Des baisers sont sur sa bouche ; 
Sur ce sein qui fut leur couche 
Son cœur les rappelle à soi ; 
Des pleurs voilent son sourire, 
Et son regard semble dire : 
« Vous aime-t-on comme moi ? » 

C'est une jeune fiancée 

Qui , le front ceint du bandeau , 

N'emporta qu'une pensée 

De sa jeunesse au tombeau : 

Triste, hélas ! dans le ciel même, 

Pour revoir celui qu'elle aime 

Elle revient sur ses pas , 

Et lui dit : « Ma tombe est verte ! 



Sur cette terre déserte 
Qu'attends-tu ? Je n'y suis pas ! » 

C'est un ami de l'enfance, 

Qu'aux jours sombres du malheur 

Nous prêta la Providence 

Pour appuyer notre cœur. 

Il n'est plus , notre âme est veuve 

Il nous suit dans notre épreuve 

Et nous dit avec pitié : 

« Ami , si ton âme est pleine , 

De ta joie ou de ta peine 

Qui portera la moitié ? » 

C'est l'ombre pâle d'un père 
Qui mourut en nous nommant ; 
C'est une sœur, c'est un frère, 
Qui nous devance un moment. 
Sous notre heureuse demeure , 
Avec celui qui les pleure , 
Hélas ! ils dormaient hier! 
Et notre cœur doute encore , 
Que le ver déjà dévore 
Cette chair de notre chair! 



— 9 — 

L'enfant dont la mort cruelle 
Vient de vider le berceau, 
Qui tomba de la mamelle 
Au lit glacé du tombeau ; 
Tous ceux enfin dont la vie , 
Un jour ou l'autre ravie, 
Emporte une part de nous , 
Murmurent sous la poussière : 
« Vous qui voyez la lumière , 
De nous vous souvenez-vous ? » 

Ah ! vous pleurer est le bonheur suprême , 
Mânes chéris de quiconque a des pleurs ! 
Vous oublier, c'est s'oublier soi-même : 
N'êtes-vous pas un débris de nos cœurs ? 

En avançant dans notre obscur voyage , 
Du doux passé l'horizon est plus beau ; 
En deux moitiés notre âme se partage , 
Et la meilleure appartient au tombeau ! 

Dieu de pardon ! leur Dieu ! Dieu de leurs pères l 
Toi que leur bouche a si souvent nommé , 
Entends pour eux les larmes de leurs frères ! 
Prions pour eux , nous qu'ils ont tant aimé ! 



— 10 — 

Ils t'ont prié pendant leur courte vie , 
Ils ont souri quand tu les as frappés ! 
Us ont crié : « Que ta main soit bénie ! » 
Dieu , tout espoir, les aurais-tu trompés ? 

Et cependant pourquoi ce long silence ? 
Nous auraient-ils oubliés sans retour ? 
N'aiment-ils plus ? Ah ! ce doute t'offense ! 
Et toi , mon Dieu , n'es-tu pas tout amour ! 

Mais , s'ils parlaient à l'ami qui les pleure , 
S'ils nous disaient comment ils sont heureux, 
De tes desseins nous devancerions l'heure ; 
Avant ton jour nous volerions vers eux. 

Où vivent-ils ? Quel astre à leur paupière 
Répand un jour plus durable et plus doux ? 
Vont-ils peupler ces îles de lumière ? 
Ou planent-ils entre le ciel et nous ? 

Sont-ils noyés dans l'éternelle flamme ? 
Ont-ils perdu ces doux noms d'ici-bas , 
Ces noms de sœur, et d'amante, et de femme? 
A ces appels ne répondront-ils pas ? 



— 11 — 

Non, non, mon Dieu! si la céleste gloire 
Leur eût ravi tout souvenir humain , 
Tu nous aurais enlevé leur mémoire : 
Nos pleurs sur eux couleraient-ils en vain? 

Ah ! dans ton sein que leur âme se noie ! 
Mais garde-nous nos places dans leur cœur. 
Eux qui jadis ont goûté notre joie , 
Pouvons-nous être heureux sans leur bonheur? 

Etends sur eux la main de ta clémence : 
Ils ont péché ; mais le ciel est un don ! 
Ils ont souffert ; c'est une autre innocence ! 
Ils ont aimé ; c'est le sceau du pardon ! 

Ils furent ce que nous sommes , 

Poussière , jouet du vent ; 

Fragiles comme des hommes, 

Faibles comme le néant ! 

Si leurs pieds souvent glissèrent, 

Si leurs lèvres transgressèrent 

Quelque lettre de ta loi, 

Père , 6 Juge suprême , 

Ah ! ne les vois pas eux-même , 

Ne regarde en eux que toi ! 



— 12 — 

Si tu scrutes la poussière , 

Elle s'enfuit à ta voix ; 

Si tu touches la lumière , 

Elle ternira tes doigts ; 

Si ton œil divin les sonde , 

Les colonnes de ce monde 

Et des cieux chancelleront ; 

Si tu dis à l'innocence : 

« Monte , et plaide en ma présence ! » 

Tes vertus se voileront. 

Mais toi , Seigneur, tu possèdes 

Ta propre immortalité ; 

Tout le bonheur que tu cèdes 

Accroît ta félicité. 

Tu dis au soleil d'éclore, 

Et le jour ruisselle encore ! 

Tu dis au temps d'enfanter, 

Et l'éternité docile, 

Jetant les siècles par mille, 

Les répand sans les compter! 

Les mondes que tu répares 
Devant toi vont rajeunir, 



- 13 — 

Et jamais tu ne sépares 
Le passé de l'avenir. 
Tu vis ! et tu vis ! les âges , 
Inégaux pour tes ouvrages , 
Sont tous égaux sous ta main ; 
Et jamais ta voix ne nomme , 
Hélas ! ces trois mots de l'homme 
Hier, aujourd'hui , demain ! 

Père de la nature , 
Source, abîme de tout bien, 
Rien à toi ne se mesure ; 
Ah ! ne te mesure à rien ! 
Mets , ô divine clémence , 
Mets ton poids dans la balance , 
Si tu pèses le néant ! 
Triomphe , ô vertu suprême , 
En te contemplant toi-même ! 
Triomphe en nous pardonnant ! 



FIN 



Extrait des Harmonies poétiques et re- 
ligieuses de A. de Lamartine (Paris, Ha- 
chette, 185G, in-12 , pages 89-98). Avec 
l'autorisation de la Société propriétaire 
et des éditeurs des œuvres de Lamartine. 



En préparation 
LE R. P. JOUI N 

DES FRÈRES PRÊCHEURS 

RÉCIT 
LETTRES ET DISCOURS 



PARIS 
IMPRIMERIE D. DUMOULIN ET C ie 

5, rue des Grands-Augustins, 5 



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